Après les problèmes de sécurité, les projets abandonnés et les chaînes qui ont progressivement pris leurs distances avec le Cosmos Hub, une question reste difficile à éviter : que reste-t-il réellement à ATOM ?
Le token sécurise toujours le réseau, permet de participer à sa gouvernance et offre un rendement aux délégateurs. Pourtant, cela ne suffit plus à convaincre une partie du marché.
Le coupable semble alors évident : l’inflation.
Les récompenses sont distribuées, une partie est vendue, l’offre augmente et le prix souffre. L’explication est simple. Les premiers résultats de l’étude menée par Gauntlet montrent toutefois une situation plus complexe.
Ils ne permettent pas d’innocenter l’inflation. Mais ils suggèrent qu’elle n’est peut-être pas le véritable problème central d’ATOM.
Les récompenses sont vendues, mais pas uniquement
ATOM reste principalement utilisé pour le staking. Le protocole émet de nouveaux tokens afin de rémunérer les détenteurs qui participent à la sécurité du réseau.
Cette émission crée de la dilution. Même lorsque les récompenses ne sont pas immédiatement vendues, chaque nouvel ATOM réduit la part relative des détenteurs qui ne stakent pas.
L’étude de Gauntlet confirme qu’une partie des récompenses rejoint effectivement des adresses associées à la vente. Mais une autre partie est restakée ou conservée sous forme liquide.
Surtout, les flux identifiés comme vendeurs semblent fortement concentrés.
Quelques dizaines de portefeuilles auraient généré la majorité de la pression observée. Les grandes adresses et les plateformes centralisées jouent donc un rôle beaucoup plus important que l’image d’une multitude de petits délégateurs vendant chaque semaine leurs récompenses.
La méthodologie doit néanmoins être interprétée avec prudence. Un transfert vers une plateforme centralisée ne constitue pas nécessairement une vente exécutée. Il indique surtout une destination probable.
L’étude ne clôt donc pas le débat. Elle montre simplement que la faiblesse d’ATOM ne peut pas être attribuée uniquement aux petits stakers ou aux validateurs indépendants.
La gouvernance peut peser plus lourd que l’inflation quotidienne
L’un des résultats les plus intéressants concerne la proposition 848, qui avait réduit le plafond d’inflation d’ATOM de 20 à 10 %.
Après son adoption, Gauntlet a observé des mouvements importants de la part de grandes adresses. La réaction aurait été supérieure à celles constatées après certains grands chocs du marché.
Cela ne signifie pas que la réduction de l’inflation était une mauvaise décision.
Cela montre surtout qu’une partie importante de la demande pour ATOM était directement liée à son rendement. Réduire celui-ci sans créer immédiatement une nouvelle utilité a modifié la proposition économique du token.
L’inflation représente donc un coût, mais aussi l’une des principales raisons de conserver et de staker ATOM dans son modèle actuel.
La réduire brutalement pourrait retirer l’un des derniers moteurs de demande sans régler le problème de fond.
Un rendement financé par de nouveaux ATOM
Cela ne rend pas le système actuel durable.
Le Cosmos Hub rémunère principalement sa sécurité en créant de nouveaux tokens. Le modèle fonctionne tant que le rendement attire suffisamment de capitaux et que le marché absorbe l’émission.
Mais il devient fragile lorsque la principale raison d’acheter ATOM consiste à recevoir davantage d’ATOM.
Le rendement n’est pas une activité économique. Il s’agit d’une redistribution financée par le protocole.
Gauntlet propose donc de travailler sur la manière dont les récompenses sont distribuées, plutôt que de réduire uniquement le chiffre affiché de l’inflation.
Les pistes évoquées comprennent notamment une émission plus progressive, des récompenses distribuées dans le temps et une meilleure définition du niveau de sécurité réellement nécessaire au réseau.
La prochaine phase doit également étudier comment les ATOM stakés pourraient devenir plus productifs : apport de liquidité, attestations ou participation à différents services.
L’objectif serait de ne plus rémunérer uniquement l’immobilisation des tokens, mais une contribution économique identifiable.
Le vrai problème : où sont les revenus ?
ATOM ne manque pas nécessairement de sécurité. Le réseau fonctionne et une part importante de l’offre reste stakée.
Ce qui manque surtout, ce sont des revenus capables de remplacer progressivement l’émission.
Pour réduire durablement l’inflation, le Hub doit générer des frais ou proposer des services suffisamment utiles pour financer une partie de sa sécurité autrement qu’en créant de nouveaux ATOM.
C’est ici que la nouvelle feuille de route devient importante.
Cosmos Labs semble désormais concentrer sa réflexion autour de trois grands secteurs :
- les actifs réels tokenisés ;
- les paiements ;
- l’interopérabilité.
Cette feuille de route n’est toutefois pas encore définitive. Les équipes travaillent toujours sur plusieurs scénarios et doivent encore sélectionner les solutions à tester.
Il faut donc distinguer une orientation stratégique d’un produit déjà opérationnel et rentable.
Cosmos regarde désormais vers les institutions
En parallèle, Cosmos Labs développe une stratégie clairement tournée vers les banques et les infrastructures financières.
L’entreprise travaille sur des outils permettant de créer des dépôts tokenisés, des réseaux de paiement et des systèmes de règlement reposant sur les technologies Cosmos.
Le projet CBWeb3 constitue l’un des exemples les plus concrets. Ce programme réunit des banques centrales et des institutions financières d’Amérique latine et des Caraïbes autour des paiements transfrontaliers et de monnaies numériques reliées par IBC.
Sur le plan technique, cette approche correspond aux forces historiques de Cosmos : permettre à différents réseaux souverains de communiquer sans perdre leur indépendance.
Commercialement, elle semble également plus crédible que la création d’une nouvelle blockchain généraliste.
Mais pour ATOM, le problème reste exactement le même qu’auparavant.
Utiliser Cosmos ne signifie pas utiliser ATOM
Une banque peut construire son infrastructure avec le Cosmos SDK, utiliser CometBFT, Cosmos EVM et IBC, puis payer Cosmos Labs ou un intégrateur pour le développement.
Cela ne signifie pas qu’elle utilisera le Cosmos Hub.
Cela ne signifie pas non plus qu’elle achètera, stakera ou paiera ses frais en ATOM.
Cette distinction entre le Cosmos Stack, IBC et le Cosmos Hub a longtemps été mal comprise, parfois même volontairement entretenue.
De nombreuses chaînes ont utilisé gratuitement la technologie Cosmos sans créer de revenus significatifs pour ATOM. La nouvelle stratégie institutionnelle ne doit pas reproduire le même modèle.
Une banque utilisant une infrastructure Cosmos représente une réussite technique et commerciale. Mais si toutes les transactions restent sur des réseaux privés et si aucun service n’est assuré par le Hub, ATOM peut rester totalement extérieur à cette activité.
La technologie peut gagner pendant que le token regarde le match depuis les tribunes.
Le chaînon manquant
Pour que la nouvelle stratégie bénéficie réellement à ATOM, une relation économique claire doit être construite entre l’activité institutionnelle et le Hub.
Elle pourrait prendre plusieurs formes :
- des frais reversés au Hub ;
- l’utilisation d’ATOM comme garantie ou comme liquidité ;
- des services d’interopérabilité sécurisés par les stakers ;
- le règlement de certains flux directement sur le Hub.
Le mécanisme prévu autour de l’intégration USDC peut constituer un premier exemple de valeur revenant vers ATOM. Mais il faudra observer son fonctionnement réel et les revenus effectivement générés.
Le nombre de banques rencontrées ou de protocoles d’accord signés ne suffira pas.
La question importante reste la suivante :
Lorsque des paiements et des actifs circuleront sur des infrastructures construites avec Cosmos, quelle part de cette activité passera réellement par le Hub ?
Sans réponse précise, la stratégie institutionnelle restera surtout une bonne nouvelle pour Cosmos Labs et pour le Cosmos Stack.
Pas nécessairement pour ATOM.
L’inflation révèle surtout le problème
ATOM distribue probablement trop de récompenses immédiatement liquides. Cette émission dilue les détenteurs et doit être réformée.
Mais réduire encore l’inflation sans créer de nouveaux revenus pourrait supprimer l’une des dernières raisons de conserver ATOM sans corriger son manque d’utilité.
Le véritable chantier ne consiste donc pas simplement à réduire les récompenses. Il consiste à construire une économie capable de les financer.
Les paiements, les actifs tokenisés et les institutions représentent peut-être la meilleure opportunité actuelle de Cosmos.
Mais utiliser Cosmos ne signifie toujours pas utiliser le Hub.
La réussite de cette nouvelle stratégie se mesurera donc à sa capacité à transformer l’activité institutionnelle en utilité, en frais et en demande pour ATOM.
Le Hub n’est peut-être pas mort.
Mais pour sortir de sa dépendance à l’inflation, il devra enfin démontrer qu’il peut générer autre chose que de nouveaux ATOM.
