Le Hub est mort ? Gauntlet rallume l’espoir pour ATOM — Partie 9

Pendant huit articles, nous avons essayé de séparer les faits du bruit.

Les hacks attribués à Cosmos ne concernaient pas nécessairement le Hub ou IBC. Plusieurs projets présentés comme des piliers de l’écosystème n’apportaient en réalité presque aucune valeur à ATOM. La technologie Cosmos continuait de fonctionner, mais son succès ne profitait pas automatiquement à son token historique.

La principale faiblesse du Cosmos Hub apparaissait alors clairement : il était utile, mais ne savait pas encore monétiser cette utilité.

Ce neuvième et dernier épisode aurait donc pu se limiter à un constat sévère. Les derniers travaux menés par Cosmos Labs et Gauntlet ouvrent cependant une perspective plus intéressante.

Pour la première fois depuis longtemps, la stratégie du Hub et la future économie d’ATOM semblent avancer dans la même direction.

L’inflation n’explique pas tout

La critique semblait simple : ATOM émet trop de nouveaux tokens, ces récompenses sont vendues et cette pression empêche le prix de progresser.

La première phase de l’étude menée par Gauntlet apporte une réponse plus nuancée.

Entre janvier et mars 2026, 8,18 millions d’ATOM issus des récompenses ont été retirés. Parmi eux, 42,6 % ont rejoint une route pouvant être assimilée à une vente durant la même semaine, 27,7 % ont été restakés et 29,7 % sont restés liquides sans être vendus.

Selon Gauntlet, les ventes hebdomadaires directement liées aux récompenses représentaient en moyenne environ 0,063 % de l’offre totale. Elles n’ont pas augmenté progressivement et ne suffisent donc pas à expliquer, seules, les difficultés d’ATOM.

La pression vendeuse apparaît également très concentrée. Quelques dizaines de portefeuilles en génèrent l’essentiel, principalement par l’intermédiaire de plateformes centralisées. Une partie de ces mouvements provient d’ailleurs de validateurs opérés directement par ces plateformes et ne correspond pas nécessairement à des ventes de particuliers.

Cela ne signifie pas que l’inflation ne pose aucun problème. Le Cosmos Hub distribue toujours une quantité de récompenses immédiatement liquides nettement supérieure à celle de plusieurs réseaux comparables. Gauntlet estime ce volume environ 3,6 fois supérieur à celui de NEAR et 5,7 fois supérieur à celui d’Ethereum.

Le problème existe donc, mais il est différent de celui que l’on imaginait.

Source : résultats de la phase 1 publiés par Cosmos Labs et Gauntlet

La proposition 848 a laissé une trace

L’autre résultat important concerne la réaction des détenteurs aux changements économiques.

Selon l’analyse de Gauntlet, l’adoption de la proposition 848, qui réduisait l’inflation maximale d’ATOM de 14 % à 10 %, a provoqué une réaction vendeuse représentant 10,25 % de l’offre sur sept jours.

Cette réaction aurait été 21 fois supérieure au niveau habituel observé sur les portefeuilles étudiés. Elle aurait également dépassé les mouvements enregistrés après les effondrements de Terra et de FTX.

La conclusion est inconfortable, mais importante : une réduction brutale de l’inflation peut détruire une partie de la demande qu’elle cherche précisément à protéger.

Pour beaucoup de détenteurs, le rendement reste l’une des principales raisons de conserver et de déléguer des ATOM. Le supprimer trop rapidement pourrait réduire la pression liée aux nouvelles émissions, tout en provoquant davantage de désengagement.

La future tokenomics ne pourra donc pas être résumée à une baisse de l’inflation décidée par gouvernance.

Ne plus seulement rémunérer un capital passif

Gauntlet pose désormais une question plus ambitieuse :

Que peuvent apporter les détenteurs d’ATOM au réseau en échange de leur rendement ?

Aujourd’hui, l’ATOM staké remplit essentiellement une fonction : sécuriser le Hub. Les récompenses qu’il reçoit proviennent principalement de nouvelles émissions.

La future économie envisagée cherche à transformer ce stake en ressource productive. Il pourrait notamment servir à fournir de la liquidité, soutenir l’exécution d’intents, produire des attestations ou sécuriser de nouveaux services.

Rappelez-vous également d’une piste que Snow-Fall avait déjà évoquée : alimenter progressivement des vaults en ATOM grâce à une partie des récompenses, puis utiliser ces réserves pour acquérir des actifs générateurs de revenus, comme de la dette américaine tokenisée ou d’autres RWA.

Le rendement obtenu ne proviendrait alors plus uniquement de nouvelles émissions d’ATOM, mais également des intérêts versés par ces actifs. Ces revenus pourraient être réinjectés dans les vaults, distribués aux stakers et aux validateurs, ou utilisés pour racheter des ATOM.

Cette idée n’est pas encore le modèle officiellement retenu par Gauntlet. Elle illustre néanmoins ce que pourrait devenir un stake réellement productif : non plus seulement des tokens immobilisés pour recevoir davantage de tokens, mais un capital capable de générer progressivement des revenus extérieurs à l’inflation.

Dans ce nouveau modèle, les stakers participeraient au fonctionnement de produits utilisés par des clients, et une partie de la valeur créée pourrait leur revenir.

Ce changement serait fondamental.

L’inflation ne disparaîtrait pas nécessairement immédiatement. Elle pourrait servir de transition jusqu’à ce que les revenus réels deviennent suffisamment importants pour compléter, puis éventuellement remplacer, une partie des émissions.

Une réforme progressive plutôt qu’un nouveau grand soir

La phase 2 est désormais consacrée à l’évaluation des mécanismes possibles.

Parmi les pistes étudiées figurent une émission dynamique ajustée selon la demande et la pression vendeuse, des récompenses distribuées progressivement, des avantages accordés aux engagements plus longs et un seuil de sécurité économique sous lequel l’inflation ne pourrait pas descendre.

Des idées issues de la communauté sont également analysées :

  • réduire l’émission lorsque le Hub produit des blocs vides ;
  • favoriser les délégateurs qui s’engagent plus longtemps ;
  • redistribuer une partie des récompenses des validateurs dominants vers les opérateurs plus petits.

Aucune de ces solutions n’a encore été retenue. Aucun nouveau modèle n’a été adopté par la gouvernance.

Cette prudence n’est pas nécessairement une faiblesse. Après l’échec d’ATOM 2.0 et les divisions provoquées par la proposition 848, avancer par étapes paraît plus réaliste qu’imposer une nouvelle architecture complète en un seul vote.

Source : état d’avancement officiel de la phase 2

Les petits validateurs ne doivent pas devenir la variable d’ajustement

La question ne concerne pas seulement les détenteurs d’ATOM.

Une réduction de l’émission diminue également les revenus des validateurs. Pour les plus petits opérateurs, dont les commissions couvrent parfois à peine les serveurs et le travail nécessaire au maintien du réseau, une baisse uniforme pourrait accélérer la concentration du pouvoir de vote.

Ce serait une contradiction : améliorer la tokenomics d’ATOM tout en fragilisant la décentralisation qui lui donne sa valeur.

L’étude initiale demandait explicitement d’évaluer les conséquences d’une réforme sur la rentabilité des validateurs. Elle évoquait même différentes mesures compensatoires, comme des revenus provenant de l’activité institutionnelle, un revenu minimal pour les opérateurs ou une modification de la taille du set actif.

Pour Snow-Fall, ce point sera déterminant. Une tokenomics durable doit mieux rémunérer les services réellement rendus, sans réserver la sécurité du Hub à quelques plateformes et opérateurs disposant déjà des plus grandes délégations.

Source : cahier des charges de la réforme de la tokenomics d’ATOM

La stratégie du Hub commence enfin à rejoindre celle d’ATOM

Dans les épisodes précédents, nous avons posé plusieurs fois la même question : Cosmos Labs peut-il obtenir des clients sans qu’ATOM en bénéficie ?

Cette interrogation reste valable. Mais un début de réponse apparaît.

Cosmos Labs travaille à l’adoption du stack Cosmos par des entreprises, des banques et des institutions. Le Hub, de son côté, explore un rôle de passerelle entre la finance traditionnelle et la DeFi : émission, distribution et circulation d’actifs tokenisés, accès à la liquidité et connexion entre infrastructures institutionnelles et marchés on-chain.

Gauntlet cherche parallèlement à transformer le stake d’ATOM en composant actif de ces futurs services.

Les deux chantiers peuvent donc se rejoindre :

  1. Cosmos Labs attire les utilisateurs institutionnels.
  2. Le Hub leur fournit des produits et une infrastructure.
  3. L’ATOM staké contribue au fonctionnement de ces services.
  4. Les revenus générés complètent progressivement les émissions versées aux stakers et aux validateurs.

C’est précisément ce qui manquait jusqu’ici : un lien économique possible entre l’adoption de la technologie Cosmos, l’activité du Hub et la valeur d’usage d’ATOM.

La direction produit reste encore en phase de validation et aucun modèle de revenus définitif n’a été annoncé. Mais le Hub ne cherche plus seulement une nouvelle utilité abstraite. Il tente désormais de construire une économie dans laquelle ses services ont des clients, un prix et des bénéficiaires clairement identifiés.

Source : orientation du Hub comme passerelle entre TradFi et DeFi

La lumière au bout du tunnel

Après neuf articles, notre conclusion est finalement plus optimiste que nous ne l’aurions imaginé au début de cette série.

Le Cosmos Hub n’est pas mort. Sa technologie fonctionne, sa sécurité reste importante et son écosystème continue d’innover. Mais son ancien modèle, dans lequel le succès du stack Cosmos devait naturellement profiter à ATOM, a montré ses limites.

Cette faiblesse semble aujourd’hui enfin reconnue.

Cosmos Labs cherche des clients. Le Hub commence à définir les services qu’il pourrait leur vendre. Gauntlet travaille sur une économie capable de relier ces revenus au stake et aux détenteurs d’ATOM.

Rien n’est encore gagné. La nouvelle tokenomics n’est pas adoptée, les produits doivent être construits et les revenus devront être démontrés. Il faudra aussi préserver les petits validateurs, éviter une nouvelle concentration du réseau et convaincre une gouvernance historiquement méfiante envers les grandes réformes.

Mais, pour la première fois depuis longtemps, les différentes pièces du puzzle commencent à former une image cohérente.

ATOM n’a peut-être pas besoin de supprimer brutalement son inflation. Il doit apprendre à l’utiliser pour construire une demande plus productive, financer sa sécurité et préparer le passage vers des revenus réels.

Le chemin reste long, mais il ne mène plus nécessairement à une impasse.

Le Hub n’est pas mort. Son ancien modèle arrive probablement à sa fin. Et au bout de ce tunnel, ATOM commence enfin à entrevoir une économie dans laquelle son utilité, ses revenus et sa sécurité pourraient avancer ensemble.

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