Le Hub est mort ? Cosmos Labs a peut-être trouvé des clients, mais ATOM sera-t-il payé ? — Partie 7

Pendant longtemps, le Cosmos Hub a vécu sur une promesse implicite : plus l’écosystème Cosmos grandirait, plus ATOM finirait par en profiter.

Les six premières parties de cette série ont montré les limites de ce raisonnement. Des blockchains peuvent utiliser le Cosmos SDK, se connecter grâce à IBC et attirer des utilisateurs sans passer par le Hub ni générer de revenus pour ATOM.

La nouvelle stratégie annoncée par Cosmos Labs tente désormais de corriger cette faiblesse. Le Hub ne cherche plus à redevenir artificiellement le centre de toutes les blockchains Cosmos. Il veut devenir un point de connexion utile entre la finance traditionnelle et la finance décentralisée.

Cette direction semble plus réaliste. Mais elle soulève une question essentielle :

Si cette stratégie réussit, qui sera réellement payé : Cosmos Labs, le Cosmos Hub ou les détenteurs d’ATOM ?

Un marché potentiel ne constitue pas encore un modèle économique

Début août, l’équipe de Cosmos Labs s’est réunie en Corée pour étudier trois directions possibles :

  • relier la TradFi et la DeFi ;
  • développer une confidentialité interopérable ;
  • proposer de la liquidité en tant que service.

La première hypothèse a été retenue comme la plus prometteuse.

Le problème identifié est réel. Les banques, les fonds et les entreprises commencent à tokeniser des dépôts, des obligations et d’autres actifs. Mais ces actifs restent souvent enfermés sur leur réseau d’émission, avec peu de liquidité et peu d’accès aux applications DeFi.

Grâce au Cosmos SDK et à IBC, Cosmos dispose d’outils crédibles pour connecter ces différents environnements. Le Hub pourrait devenir le lieu où les actifs institutionnels trouvent de la liquidité, des utilisateurs et des services financiers on-chain.

Mais une banque qui utilise la technologie Cosmos ne devient pas automatiquement cliente du Cosmos Hub.

Elle peut acheter les services de Cosmos Labs, créer sa propre blockchain privée et utiliser IBC sans acheter d’ATOM ni payer de frais au Hub.

Ce serait une réussite commerciale pour Cosmos Labs et une réussite technologique pour Cosmos. Mais pas nécessairement une réussite économique pour ATOM.

C’est toute la différence entre vendre une technologie et construire une économie autour d’un token.

Premier test : le Hub deviendra-t-il un passage réellement utile ?

Pour créer de la valeur, le Hub ne peut pas être uniquement une blockchain supplémentaire connectée à IBC.

Il doit proposer un service suffisamment utile pour que les institutions, les market makers et les applications DeFi aient intérêt à y faire passer leurs actifs ou leurs transactions.

Cela pourrait prendre différentes formes :

  • une couche de règlement ;
  • un carnet d’ordres destiné aux flux institutionnels ;
  • un accès unifié à la liquidité DeFi ;
  • un marché entre actifs tokenisés et stablecoins ;
  • des services de conformité ou d’attestation ;
  • une infrastructure de conversion entre monnaie traditionnelle et actifs on-chain.

Le Hub n’a pas besoin de redevenir le centre obligatoire de Cosmos. Il doit cependant devenir une destination économiquement utile.

La nuance est importante.

IBC peut relier deux blockchains sans passer par le Hub. C’est une force pour Cosmos, mais une faiblesse potentielle pour ATOM. Si les institutions peuvent obtenir le même service ailleurs, sans utiliser le Hub, la capture de valeur restera facultative.

Or une valeur facultative est toujours difficile à défendre.

Deuxième test : qui facture et qui encaisse ?

Cosmos Labs développe désormais trois activités distinctes : l’open source, les solutions pour entreprises et les produits destinés au Hub.

Ces activités peuvent se renforcer mutuellement, mais leurs revenus ne sont pas automatiquement partagés.

Les contrats signés avec des banques ou des entreprises peuvent générer des revenus hors chaîne pour Cosmos Labs. Ces revenus permettent de financer des équipes, de développer le Cosmos SDK et d’améliorer IBC. Ils peuvent donc indirectement bénéficier à tout l’écosystème.

Mais indirectement est précisément le mot qui pose problème depuis le lancement d’ATOM.

À ce jour, Cosmos Labs reconnaît qu’en dehors de l’accord USDC, il n’existe aucun mécanisme général permettant à ATOM de capter les revenus générés par l’ensemble des produits Cosmos.

Si une banque paie pour une infrastructure privée, quelle part revient au Hub ?

Si un actif institutionnel utilise IBC, des frais sont-ils versés à la blockchain sécurisée par ATOM ?

Si Cosmos Labs exploite un service commercial reposant sur la crédibilité de Cosmos, comment les validateurs qui sécurisent le Hub participent-ils à cette économie ?

La nouvelle stratégie devra répondre clairement à ces questions. Pas uniquement dans une présentation ou dans une future roadmap, mais dans l’architecture économique des produits.

Injective USDC montre que c’est possible

La migration de l’USDC canonique de Noble vers Injective constitue le premier exemple concret d’un modèle différent.

L’accord prévoit que le Cosmos Hub reçoive 50 % des incentives d’émission versés par Circle pour les USDC émis sur Injective puis transférés vers les blockchains Cosmos via IBC. Pour les USDC envoyés vers dYdX, la part du Hub sera de 33 %.

Ces revenus doivent être utilisés pour racheter de l’ATOM et l’envoyer dans la community pool. L’engagement porte sur quatre ans.

La migration technique est toujours en cours et les revenus dépendront du volume réel d’USDC utilisé. Nous ne savons donc pas encore combien ce mécanisme rapportera.

Mais son intérêt se trouve ailleurs : le bénéfice pour ATOM a été négocié dès le départ.

Le raisonnement n’est plus simplement :

Une nouvelle intégration est bonne pour Cosmos, elle finira donc peut-être par profiter à ATOM.

Il devient :

Cette intégration génère un revenu défini, une partie de ce revenu revient au Hub et sert à racheter de l’ATOM.

Ce mécanisme ne transformera probablement pas à lui seul l’économie du Hub. Mais il constitue un précédent important. Il montre qu’une infrastructure commune à Cosmos peut intégrer une capture de valeur explicite pour ATOM.

La future stratégie TradFi–DeFi devra reproduire ce principe à une échelle beaucoup plus large.

Troisième test : ATOM sera-t-il indispensable au produit ?

Le dernier test concerne directement le rôle d’ATOM.

Utiliser ATOM comme gas pourrait créer une demande supplémentaire, mais les frais de transaction sont généralement trop faibles pour constituer seuls un modèle économique significatif.

ATOM pourrait également servir de collatéral, sécuriser certains services, fournir de la liquidité, garantir des attestations ou participer aux systèmes d’intents. Les revenus pourraient financer des rachats, alimenter la community pool, réduire l’offre ou être partagés avec ceux qui sécurisent le réseau.

La deuxième phase de l’étude menée par Gauntlet sur la tokenomics explore justement la possibilité de rendre le staking plus productif. La question ne serait plus seulement de savoir combien d’ATOM distribuer, mais ce que les stakers fournissent au réseau en échange de leur rendement.

Pour nous, opérateurs et validateurs, ce point est central.

Nous sécurisons déjà le Hub. Les délégateurs immobilisent déjà leur capital. Mais si les futurs produits institutionnels utilisent cette sécurité sans générer de revenus pour ceux qui la fournissent, le Hub reproduira son ancien modèle sous une nouvelle apparence.

La technologie aura changé. Le problème économique, lui, restera exactement le même.

L’EVM et la liquidité doivent servir ce modèle

Le débat autour de l’EVM doit également être lu à travers cette question.

Une EVM directement intégrée au Hub permettrait de concentrer les applications, la liquidité et les frais sur la même blockchain. Une chaîne EVM séparée offrirait davantage de flexibilité technique, mais risquerait une nouvelle fois d’éloigner l’activité du Hub.

Il ne s’agit donc pas seulement de choisir entre deux architectures.

Il faut choisir l’architecture qui permet au Hub de facturer ses services, de conserver une partie des revenus et de renforcer l’utilité d’ATOM.

Le même raisonnement s’applique à la future couche de liquidité. Un système d’intents pourrait faciliter les échanges interchain, mais transformer le Hub en simple routeur difficile à monétiser. Un carnet d’ordres natif pourrait mieux capter les frais, au prix d’une complexité technique plus importante.

Cosmos n’a pas besoin d’une EVM de plus ni d’un DEX de plus. Il a besoin de produits pour lesquels des utilisateurs réels accepteront de payer.

Le Hub a une direction, ATOM attend encore son contrat

La stratégie consistant à relier la TradFi et la DeFi est probablement la direction la plus cohérente proposée au Hub depuis plusieurs années.

Elle s’appuie sur les véritables forces de Cosmos : la souveraineté des réseaux, IBC, le Cosmos SDK et une expérience déjà reconnue dans la construction d’infrastructures financières.

Mais elle ne réussira pour ATOM que si elle satisfait trois conditions :

  • le Hub doit fournir un service réellement utilisé ;
  • les revenus doivent revenir, au moins en partie, au Hub ;
  • ATOM doit jouer un rôle nécessaire dans cette activité.

La première condition relève encore du développement produit. La deuxième commence timidement à apparaître avec l’accord USDC. La troisième reste largement à construire.

Cosmos Labs semble avoir identifié un marché potentiel. Le Cosmos Hub cherche encore le produit qui lui permettra d’en profiter. Et ATOM attend toujours le mécanisme qui transformera cette activité en valeur.

Le Hub n’est donc pas mort.

Mais après avoir longtemps construit les routes gratuitement, il doit encore prouver qu’il sait vendre le voyage — et rémunérer ceux qui entretiennent l’infrastructure.

Dans la huitième et dernière partie, nous reviendrons aux affirmations qui ont lancé cette série. Activité, inflation, sécurité, gouvernance, liquidité et revenus : nous confronterons le récit aux chiffres pour rendre notre verdict final.

Sources principales

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