Une Chronique Snow Fall
Chronique du 9 octobre 2026 — faits marquants du 1er septembre au 9 octobre.
Depuis le début de septembre, les réseaux suivis dans cette chronique ont avancé dans des directions différentes. Cosmos Hub précise ses ambitions financières. Lava engage un changement d’architecture. Sentinel prépare sa migration vers Solana. Flux publie une croissance de ses déploiements, tandis qu’Avalanche présente plusieurs intégrations dans des services existants. Algorand explore les paiements d’agents IA et les comptes post-quantiques.
Derrière cette diversité, une question permet de comparer les projets sans se limiter aux cours de leurs tokens : comment une infrastructure devient-elle un service utilisé, puis une activité capable de financer son fonctionnement ?
Les annonces donnent des pistes. Les produits déployés et les données d’utilisation permettent d’aller plus loin. Mais la valeur qui revient aux opérateurs, au protocole et aux détenteurs du token doit encore être examinée séparément. C’est sous cet angle que cette rentrée prend tout son intérêt.
Cosmos Hub précise ses ambitions financières
Le Cosmos Hub cherche à donner un contenu plus concret à son rôle de connexion entre finance traditionnelle et finance on-chain.
Le point publié le 1er octobre présente une piste d’émission et de distribution d’actifs via IBC, le protocole de communication entre chaînes. À terme, cette infrastructure pourrait servir à composer des paniers, des indices et des coffres combinant plusieurs sources de rendement. Les validateurs pourraient participer à des fonctions de tarification, de comptabilité et de relais, tandis que des acteurs de l’écosystème assureraient la sélection des actifs.
Ces pistes restent en validation. Elles ne constituent pas encore une feuille de route définitive ni des produits disponibles.
La réflexion économique avance parallèlement. Les recommandations de phase 2 de Gauntlet, encore en révision dans cette publication, portent sur le coût de la sécurité, les incitations au staking durable et la réception des futurs revenus du Hub. L’objectif évoqué est de réduire la dépendance à l’émission de nouveaux ATOM à mesure que des revenus prennent le relais. Aucun nouveau taux définitif n’est annoncé dans ce point. [1]
L’enjeu est de réunir les deux chantiers. Une infrastructure financière utile doit attirer des utilisateurs ; ses frais doivent ensuite trouver une place claire dans l’économie du réseau. Sans cette articulation, une nouvelle activité pourrait bénéficier à certains services sans améliorer durablement le financement du Hub.
Paxos et Neutron montrent deux dimensions du Hub
Une étape plus tangible a été franchie avec Paxos. La proposition 1054 a été adoptée le 17 septembre, puis 300 740 USDC ont été versés pour financer l’intégration d’ATOM, la liquidité initiale et l’accompagnement des clients de courtage de Paxos. Le point du 24 septembre annonce le démarrage de la coordination technique.
Cette intégration crée une possibilité de distribution supplémentaire. Elle ne signifie pas qu’ATOM est déjà disponible chez tous les partenaires utilisant l’infrastructure de Paxos. Les intégrations effectivement lancées seront le prochain indicateur à suivre. [2]
Septembre a également rappelé la responsabilité opérationnelle des validateurs. Après l’attaque de gouvernance de Neutron le 22 septembre, une partie des fonds détournés a rejoint le Cosmos Hub en ATOM. Les validateurs ont coordonné un arrêt, puis une relance sur Gaia v28.3.0 le 23 septembre. Le solde restant à l’adresse de l’attaquant, soit 1 227 121 ATOM, a été placé dans un multisig de récupération.
Le Hub était la chaîne de destination de ces fonds, et non la source de l’attaque. [2]
Ces deux événements illustrent des responsabilités différentes : développer de nouveaux débouchés et gérer des situations exceptionnelles. Le développement commercial ne dispense pas d’une infrastructure fiable ; la capacité à intervenir en urgence ne remplace pas la nécessité de livrer des produits.
Lava choisit une nouvelle orientation architecturale
Lava pose une question centrale pour les infrastructures décentralisées : faut-il exploiter sa propre blockchain pour fournir un service RPC, c’est-à-dire l’accès aux données et aux fonctions des réseaux ?
La proposition 69, déposée le 28 septembre, demandait si Lava devait quitter sa chaîne Cosmos pour devenir un protocole sur une chaîne EVM. Le vote, terminé le 2 octobre, est indiqué comme adopté sur l’explorateur consulté. Il valide une orientation ; le choix de la chaîne d’accueil, le plan technique et les tokenomics doivent faire l’objet de décisions distinctes. Une approbation de principe ne vaut donc pas migration achevée. [3][4]
La Fondation a publié, le 2 octobre, une proposition de refonte économique centrée sur les usages payants. Le schéma envisagé prévoit l’achat de LAVA à partir des revenus, puis une répartition de 70 % vers les fournisseurs et de 30 % vers un Assistance Fund. Ce modèle reste soumis à la gouvernance.
Un chiffre éclaire la discussion : en septembre, environ 39 146 LAVA ont été distribués aux fournisseurs sur un quota de 1 375 000, le solde étant brûlé selon les règles du mécanisme. La Fondation précise que ce ratio ne mesure ni l’activité RPC ni la rentabilité des fournisseurs. [5]
Le sujet dépasse le changement de technologie. Lava cherche à rapprocher les flux de rémunération du service réellement vendu. La qualité du modèle devra se juger sur les clients, les revenus et les conditions économiques des fournisseurs.
Sentinel prépare sa migration avec des applications déjà utilisées
Sentinel aborde son changement d’écosystème avec une activité déclarée significative. Son bilan de septembre annonce 72 252 nouveaux utilisateurs uniques et 5 850 347 sessions dVPN chiffrées pendant le mois. Le cumul atteint 1 972 531 utilisateurs uniques et 32,58 millions de sessions depuis le début de 2026.
Ces chiffres, publiés par le compte officiel et consultés via un miroir public de X, demandent une lecture précise. Une session n’est pas un client payant ; le nombre cumulé d’utilisateurs n’est pas celui des utilisateurs actifs mensuels.
Dans ses communications de début octobre, Sentinel annonce également que son protocole a été réécrit en Rust et déployé sur le devnet Solana. C’est une étape technique, distincte d’une migration achevée en production. Le projet annonce aussi le déploiement de son nouveau client natif sur Android puis iOS. [6]
L’activité des applications donne du poids au sujet. Mais le nombre de connexions ne suffit pas à répondre aux questions économiques : combien d’utilisateurs paient, combien restent et quelle rémunération les opérateurs obtiennent-ils après leurs coûts ?
La migration devra préserver le fonctionnement du service tout en ouvrant des possibilités de distribution. Son intérêt se mesurera dans l’expérience des utilisateurs autant que dans le nouvel environnement technique.
Nolus met en avant la prévisibilité du trading à levier
Nolus apporte un angle différent : la comparaison des conditions d’un produit financier.
Dans une publication du 23 septembre, mise à jour le 24, le protocole compare une position SOL à levier sur Nolus, Kamino, Jupiter Lend et Save. Il met en avant le taux fixé à l’ouverture, ses liquidations partielles et l’absence de frais supplémentaires de liquidation dans le scénario étudié.
La publication reconnaît aussi une contrepartie. Dans un marché calme, Nolus peut coûter davantage que les solutions comparées, notamment parce que le collatéral n’y produit pas de rendement. Les taux observés dans cette comparaison correspondent à un relevé du 17 septembre et peuvent évoluer chez les concurrents.
Publié par Nolus lui-même, cet exercice illustre son positionnement commercial plutôt qu’un classement indépendant et universel des protocoles. [7]
Pour l’utilisateur, la discussion est utile : le taux affiché à l’entrée ne résume pas le coût d’une position. La variation des intérêts, les seuils de liquidation et les frais appliqués sous pression comptent aussi.
Cette communication montre comment Nolus entend se différencier. Elle ne démontre pas, à elle seule, une croissance des emprunts, des utilisateurs ou des revenus depuis septembre.
Flux publie une croissance de ses déploiements
Flux fournit un point de comparaison direct entre le 3 septembre et le 2 octobre. Son recensement relève une progression des applications enregistrées et du nombre de nœuds.
| Indicateur | 3 septembre | 2 octobre | Variation calculée |
|---|---|---|---|
| Applications enregistrées | 1 195 | 1 913 | +60,1 % |
| Instances demandées | 7 486 | 8 509 | +13,7 % |
| Nœuds | 6 489 | 6 801 | +4,8 % |
| Nœuds Stratus | 1 627 | 1 780 | +9,4 % |
Les serveurs de jeux occupent une place importante : 865 applications, soit environ 45 % du registre. Flux indique aussi 945 applications privées, dont 614 serveurs de jeux. Il faut donc éviter d’assimiler tous les déploiements privés à des clients d’entreprise.
Ces données sont publiées par Flux à partir d’un recensement de ses interfaces publiques. Elles mesurent des déploiements et de la capacité, pas directement le chiffre d’affaires ni le nombre de clients distincts. [8]
L’intérêt économique de l’hébergement est facile à comprendre : une application a besoin de ressources, et son propriétaire peut payer pour les obtenir. La croissance du registre constitue un signal à suivre. La durée de vie des applications, leur consommation et les revenus récurrents permettront de mieux apprécier la solidité de cette progression.
Le pont Ergo rappelle les risques des intégrations
Un autre événement a marqué Flux en septembre. Selon le compte rendu publié le 23 septembre, les réserves du pont sur Ergo ont été prélevées le 21 septembre via le mécanisme de storage rent, qui concerne certains fonds restés immobiles pendant quatre ans.
Flux indique que la réserve a été restituée intégralement dans les 24 heures et que les soldes utilisateurs éligibles au snapshot sont honorés à raison d’un pour un en FLUX natif. L’équipe annonce également l’arrêt définitif du pont Ergo.
Il serait donc incorrect de présenter cet épisode comme une perte de 415 millions de FLUX natifs par les utilisateurs. Le compte rendu décrit un incident affectant la réserve du pont sur Ergo, ses mécanismes de conservation et leur gestion. [9]
L’épisode souligne une difficulté pratique de l’interopérabilité : les règles d’une chaîne distante continuent de s’appliquer aux actifs qui y sont déposés. Les intégrations doivent être entretenues sur la durée, y compris lorsque les fonds semblent simplement attendre dans une réserve.
Avalanche intègre sa technologie dans des services existants
Avalanche a présenté plusieurs cas d’usage pendant septembre.
Le 1er septembre, sa publication sur Ethena Pay décrit une application financière utilisant Avalanche pour les transferts, les paiements et les règlements en USDe. La disponibilité annoncée concerne alors iOS dans plus de 50 pays ; l’Union européenne et les États-Unis restent prévus pour une étape ultérieure. [10]
Le 14 septembre, Avalanche annonce l’utilisation d’une L1 dédiée pour le Digital Vault d’UAEPASS, la plateforme d’identité des Émirats arabes unis. Les 12,5 millions d’utilisateurs cités sont ceux de la plateforme d’identité, et non un décompte d’utilisateurs actifs de la blockchain. [11]
Le 24 septembre, une autre publication présente six programmes sportifs universitaires américains ayant lancé des expériences de fidélisation via Uptop sur Avalanche. [12]
Ces exemples illustrent une utilisation où la blockchain peut rester discrète pour le public. L’utilisateur cherche à effectuer un paiement, partager un document ou obtenir une récompense. La pertinence de l’infrastructure dépend alors du bon fonctionnement de ce service.
Le bénéfice pour le réseau et son token doit cependant être mesuré séparément. La portée d’une marque ou d’une plateforme ne se traduit pas automatiquement par autant d’utilisateurs on-chain ni par une demande équivalente d’AVAX.
Helicon fait évoluer les conditions du staking
Sur le plan technique, Helicon a été activé sur le mainnet Avalanche le 22 septembre.
La mise à jour introduit notamment le renouvellement automatique du staking propre aux validateurs et réduit la durée minimale de validation de deux semaines à 48 heures. Le seuil de disponibilité requis pour les récompenses passe à 90 % pour les nouvelles périodes concernées. Les délégations ne bénéficient pas du renouvellement automatique.
Helicon apporte également des changements à l’exécution de la C-Chain, au prix minimum du gas et à la courbe de récompenses, dont une composante évolue progressivement pendant 90 jours. [13]
Ces modifications touchent directement les conditions d’exploitation du réseau. Elles doivent faciliter certaines opérations et renforcer les exigences de performance. Leur portée se jugera dans la fiabilité du service et les coûts réellement supportés par ses participants.
Algorand explore les paiements des agents IA
Algorand a annoncé le 9 septembre la nomination de William Herkelrath comme CEO, avec un accent sur l’adoption institutionnelle et la résilience post-quantique. [14]
Le 14 septembre, une publication présente des applications utilisant x402 pour payer des services à l’usage. Les exemples couvrent notamment l’analyse, les outils de code et les règles encadrant les dépenses des agents IA. Ce sont des expérimentations précoces ; certains projets utilisent le testnet. [15]
L’idée est économiquement intéressante : un logiciel peut acheter une capacité précise au moment où il en a besoin. Pour devenir un marché durable, ces services devront résoudre des problèmes pour lesquels des utilisateurs acceptent de payer régulièrement.
Le 17 septembre, Pera Wallet et Algorand annoncent aussi le franchissement d’un million de transactions post-quantiques. La publication précise qu’une part importante vient d’une campagne de NFT commémoratifs encourageant les transactions. Ce jalon technique ne doit donc pas être interprété comme un million de paiements commerciaux spontanés. [16]
Algorand présente ainsi deux chantiers complémentaires : de nouvelles façons de payer des services numériques et une évolution de la sécurité des comptes. Leur adoption devra se mesurer au-delà des démonstrations et des campagnes de participation.
Mesurer la valeur créée et sa destination
Cette rentrée montre des projets qui travaillent sur des questions économiques concrètes. Le Hub cherche des produits financiers capables de générer des frais. Lava revoit l’architecture et la rémunération de son infrastructure. Sentinel prépare un changement d’environnement avec des applications utilisées. Nolus défend un modèle de coût. Flux publie des déploiements supplémentaires. Avalanche présente des services intégrés, et Algorand expérimente des paiements programmables.
Ces trajectoires ne se comparent pas avec un seul chiffre. Pour les suivre, il faut distinguer quatre éléments : l’usage du service, les clients qui paient, les revenus du protocole et la part de cette valeur qui revient au token.
Un réseau peut réussir techniquement sans avoir encore trouvé son marché. Un service peut attirer des utilisateurs sans couvrir ses coûts. Une entreprise peut gagner de l’argent en utilisant une blockchain sans que ce succès profite dans les mêmes proportions à son actif natif.
C’est là que les prochains mois seront décisifs. Les produits livrés, les clients conservés et les revenus récurrents permettront de départager les ambitions. Pour cette chronique, la question reste celle qui relie toutes les autres : qui utilise le service, qui paie et où va cet argent ?
Sources
- Cosmos Hub Weekly Update du 1er octobre 2026
- Cosmos Hub Weekly Update du 24 septembre 2026
- Lava proposition 69 et résultat du vote
- Périmètre du vote Lava et décisions ultérieures
- Lava Reopening Tokenomics du 2 octobre 2026
- Publications du compte Sentinel reprises sur un miroir public de X — bilan de septembre et annonces de début octobre ; chiffres déclarés par le projet.
- Nolus Kamino vs Jupiter vs Nolus du 23 septembre 2026
- Flux in Numbers comparatif septembre octobre 2026
- Compte rendu Flux sur le pont Ergo du 23 septembre 2026
- Avalanche et Ethena Pay du 1er septembre 2026
- Avalanche et UAEPASS du 14 septembre 2026
- Avalanche Signing Day du 24 septembre 2026
- Avalanche Helicon et activation mainnet
- Algorand nomination de William Herkelrath du 9 septembre 2026
- Algorand applications x402 du 14 septembre 2026
- Pera Wallet transactions post-quantiques du 17 septembre 2026
