Il y a quelques jours, Snow-Fall a quitté l'active set d'Osmosis à la suite du vote réduisant le nombre de validateurs actifs de 100 à 70.
Pour être honnête, ce n'est pourtant pas de Snow-Fall dont j'ai envie de parler aujourd'hui.
Ce départ n'est finalement qu'une conséquence parmi d'autres d'une évolution plus profonde que traverse actuellement Osmosis.
Il y a encore quelques mois, le protocole figurait parmi les moteurs les plus dynamiques de l'écosystème Cosmos. L'ambition était forte, les discussions nombreuses et certains imaginaient même un rapprochement historique entre Osmosis et le Hub à travers ce qui deviendra plus tard l'épisode COSMOSIS.
L'histoire en a décidé autrement.
Le rapprochement n'a jamais réellement vu le jour, les débats ont laissé des traces et le marché baissier a progressivement imposé ses propres contraintes. Depuis lors, Osmosis semble avoir changé de trajectoire. Non plus celle d'un projet cherchant à étendre constamment son influence, mais davantage celle d'un réseau qui cherche à optimiser son fonctionnement, réduire certaines dépenses et concentrer ses ressources sur ce qu'il considère comme essentiel.
Espérons simplement que cette nouvelle direction ne marquera pas le début d'un lent effacement. Il y a encore peu de temps, Osmosis représentait l'un des principaux moteurs économiques et communautaires de Cosmos. Beaucoup d'entre nous gardent le souvenir d'un protocole capable d'attirer l'attention bien au-delà de son propre écosystème. Il serait regrettable que cette période ne devienne qu'un souvenir.
C'est dans ce contexte qu'est intervenu le vote réduisant l'active set.
Et c'est également dans ce contexte qu'une question m'est revenue à l'esprit : lorsqu'un réseau cherche à devenir plus efficace, que risque-t-il de perdre en chemin ?
Le débat ayant accompagné cette proposition s'est principalement concentré sur l'efficacité du consensus, les coûts opérationnels du réseau ou encore la simplification de certaines mécaniques internes. Ce sont des sujets légitimes. Toutes les blockchains finissent un jour par devoir arbitrer entre performance, sécurité, coûts et décentralisation.
Le réseau a voté.
La gouvernance a parlé.
La décision est légitime et doit être respectée.
Mais en observant plus attentivement les données du vote ainsi que l'état actuel du validator set, un autre constat apparaît progressivement.
Parmi les plus gros validateurs, la participation à la gouvernance reste relativement importante. Pourtant, à mesure que l'on descend dans le classement, les absences deviennent de plus en plus nombreuses. De nombreux validateurs n'ont pas participé au vote. Certains avaient déjà annoncé leur fermeture. D'autres avaient quitté l'écosystème depuis longtemps. Plusieurs ne communiquent plus et n'interviennent plus dans les discussions depuis des mois.
Plus surprenant encore, plusieurs dizaines de millions d'OSMO demeurent aujourd'hui délégués à des validateurs jailés, décommissionnés, arrêtés ou ayant explicitement demandé à leurs délégateurs de redeleguer leurs fonds ailleurs.
Ce constat ne remet absolument pas en cause le résultat du vote.
Il soulève simplement une question qui dépasse largement le cas de Snow-Fall.
Le problème principal était-il réellement la taille du validator set ?
Ou bien son niveau d'activité réelle ?
Depuis les débuts des blockchains, nous avons pris l'habitude de mesurer la décentralisation à travers des chiffres simples : le nombre de validateurs, le nombre de nœuds ou encore la répartition du stake. Ces indicateurs restent évidemment importants, mais ils ne racontent jamais toute l'histoire.
Car un validateur n'est pas seulement une machine connectée à Internet.
Un validateur participe à la gouvernance.
Il maintient son infrastructure.
Il informe sa communauté.
Il accompagne les utilisateurs.
Il teste les mises à jour.
Il contribue parfois à faire vivre les débats lorsque plus personne ne semble vouloir les porter.
La réalité est également que beaucoup de petits validateurs continuent leur activité bien après que la rentabilité a disparu. Dans notre cas, le validateur Osmosis était maintenu à perte depuis plusieurs mois. Non pas parce qu'il représentait une opportunité financière exceptionnelle, mais parce que nous pensions que le projet méritait encore du temps, des ressources et de l'énergie.
Et nous n'étions évidemment pas les seuls.
De nombreux validateurs indépendants continuent aujourd'hui à faire tourner des infrastructures qui ne sont plus réellement rentables. Ils le font parce qu'ils croient encore aux réseaux qu'ils sécurisent et parce qu'ils considèrent que la décentralisation mérite parfois davantage qu'un simple calcul économique.
C'est probablement l'élément qui me laisse le plus songeur dans cette histoire.
Lorsqu'un réseau réduit son validator set, il ne retire pas uniquement des serveurs du consensus. Il retire parfois aussi des voix différentes, des contributeurs, des animateurs de communauté, des opérateurs qui ont choisi de rester présents malgré les périodes difficiles et malgré des perspectives financières parfois limitées.
Peut-être qu'Osmosis deviendra plus efficace.
Peut-être que cette décision renforcera durablement le réseau.
Je le souhaite sincèrement.
Car malgré les désaccords, malgré les débats parfois animés et malgré notre sortie de l'active set, Osmosis reste une pièce importante de l'histoire récente de Cosmos.
Mais au moment de tourner cette page, une réflexion demeure.
La décentralisation ne se résume peut-être pas uniquement au nombre de validateurs présents dans un tableau.
Elle se mesure aussi à la capacité d'un réseau à conserver des participants engagés, actifs et impliqués lorsque les temps deviennent plus difficiles.
Et cette forme de participation, contrairement au stake, ne se mesure pas toujours avec un simple classement.

